BIOGRAPHIE:


Durant plusieurs années, j'ai réalisé des films documentaires, que j'appelle des films « d'urgence », tant par leurs sujets et leur forme, que par leurs processus de production. Par ces films j'ai découvert au delà de la pratique, l'importance du témoignage et le poids du regard sur ce qui se déroule devant lui.

- THE NEW IDOL est un road-movie nordique qui nous emmène à la rencontre du peuple Sami et de son combat pour ses droits en tant que peuple autochtone.

- WHERE IS MEYMEY ouvre une réflexion sur notre capacité d'empathie envers l'humain au niveau Européen, déguisée sous la forme d'une enquête canine.

- EXODOS, documentaire tourné à bord de l'Aquarius, navire de sauvetage affrété par l'ONG SOS Méditerranée de 2016 à 2019, tire son nom de la quatrième partie d'Oedipe roi, de Sophocle, métaphore d'une Europe qui préfère se crever les yeux plutôt que de faire face aux conséquences de ses actes et choix politiques.

- LES STATUES DE FORTALEZA, film qui suit le trajet de plusieurs réfugiés vénézuéliens au Brésil en 2018, offre un contre-point politique de la gestion européenne des réfugiés. Le film tend à montrer qu'un pays politiquement et économiquement beaucoup plus instable, est prêt à ouvrir ses frontière et mettre en place une véritable politique et mécanique d'accueil des plus démunis.

C'est là, en filmant Camila, 9 ans, qui traverse le Brésil avec sa mère vers un nouveau chez elle, que s'opère la seconde révolution dans mon travail.

Je me rend compte à quel point le lien que je crée par ma pratique avec les gens que je filme influence leur vie. Telle Anna, jeune Sami de 25 ans qui me remercie car en se livrant, elle se sent libérée d'une honte d'être Sami qu'elle aurait portée toute sa vie. Où bien Camila, qui pourra peut-être revoir ces images dans dix ans et comprendre pourquoi elle a du quitter sa famille et son pays par le passé.

Ainsi en 2020, je réalise Petits Princes, en collaboration avec le Centre Image de Montbéliard et le centre éducatif La Grange La Dame. Le film s’articule autour de ma rencontre avec un groupe de jeunes MNA de Montbéliard. On les appelle MNA, pour Mineurs Non Accompagnés. Un sigle, qui comme tant d’autres, ne veut pas dire grand chose pour eux. Ensemble, nous avons écrit et réalisé un film. Un court métrage de fiction, ou documentaire, on ne sait plus trop. Car ce qui se dessine, ce n’est pas la réalité telle qu’ils la voient, mais telle que nous pourrions l’imaginer. Ce qui compte finalement, c’est qu’ils puissent l’espace d’un moment, même fictionnel, vivre cette vie dont ils ont tant rêvé, sur le chemin qui les a menés jusqu’ici, et mettre dans une boite leurs rêves, pour ne pas les perdre. Au travers des différentes projections du film en salle, les jeunes qui m'accompagnent vont s'ouvrir au public, dépasser leurs craintes et assumer leur statut, en prenant position et regagnant leur fierté.

Ma pratique s'inscrit depuis dans une recherche permanente de rencontres et d'échanges, que ce soit à travers les ateliers d'éducation à l'image et populaires, comme des films documentaires. Je réfléchis au dispositif filmique comme un outil d 'émancipation, à la fois critique pour le spectateur, mais aussi individuelle et sociale pour les personnes avec qui je le met en place.